Marine Le Pen : cette « mondialiste » visionnaire qui s’ignore

Je ne pensais pas écrire cela de mon vivant, mais force est de constater que le combat de Marine Le Pen pour faire valoir la réalité du travail de son attachée parlementaire Catherine Griset est novateur, visionnaire même. Mais cette affaire la met aussi face à ses contradictions.

Le travail et l’économie n’ont plus de frontière. En 2017, il n’y a rien de plus normal que de monter son entreprise en France en vivant à Bali et de facturer des clients en Australie en dollars américains. Alors pensez-vous, vivre à Paris alors que l’on travaille à Bruxelles est tout à fait possible. Le Thalys, Schengen et surtout Internet et la dématérialisation du travail nous permettent de travailler là où on n’est pas. Pour écrire une proposition de loi ou passer des coups de fil, être dans un pays, un autre, ou même en transit dans un aéroport n’a pas d’importance. Madame Griset n’est pas la première travailleuse frontalière à faire du télétravail ou à occuper des activités dans plusieurs pays à la fois. Le Parlement européen ferait bien de vivre avec son temps. Le travail de demain ne nécessite plus de badge, ni même d’avoir un logement près de son « lieu de travail », un concept qui est d’ailleurs voué à disparaître.

Alors Marine Le Pen, candidate du télétravail ?

 

Travailler ailleurs sans migrer ?

Le travail de demain sera de moins en moins manuel. Il sera surtout intellectuel, relationnel, créatif. Le développement de l’impression 3D, la dématérialisation du travail dans tous les secteurs, y compris dans le Droit, l’éducation ou encore la médecine feront du monde de demain non pas un monde sans travail, mais un monde dans lequel notre travail sera indépendant de notre lieu de vie. Tout comme Catherine Griset est capable de travailler à Bruxelles en étant à Paris, un psychologue peut désormais donner une consultation à Nice depuis le calme de la campagne bretonne, un designer espagnol habitant au Maroc peut dessiner une pièce pour une entreprise française ou un particulier équipé d’une imprimante 3D, tout comme un étudiant sénégalais résidant au Mali peut suivre en ligne une formation dispensée par une université française ou américaine. Tout comme eux, je suis auto-entrepreneur en France, je vous écris ces lignes depuis mon Airbnb à Taïwan d’où je travaille pour un client basé au Maroc, et je décolle dans moins d’une semaine pour la Thaïlande.

Marine Le Pen va-t-elle taxer le télétravail des étrangers ?

Alors puisque Marine Le Pen semble l’une des seules candidates à la présidentielle à avoir compris que le travail n’a plus de frontière, comment va-t-elle lutter contre le travail d’étrangers en France ? A-t-elle prévu de taxer l’entrée et la sortie de mails, de tableurs Excel, de photos, de lignes de code, de vidéos YouTube, de conversations Skype ?

Car le télétravail international ne se limite pas aux seuls assistants parlementaires.

Les plateformes de travail en ligne telles qu’Upwork ont fleuri. Certaines d’entre-elles sont françaises. Les paiements en ligne n’ont plus de frontière grâce à PayPal. Les monnaies nationales sont maintenant concurrencées par les cryptomonnaies.

Marine Le Pen n’arrêtera pas le progrès

Même la guerre se fait désormais en télétravail. Des pilotes de drones américains, mènent déjà des attaques au Moyen-Orient depuis leur bunker au fin fond des Etats-Unis. Un jour, ces techniques pourraient se généraliser aux travaux civils, à la livraison de marchandises ou au pilotage de transports publics. Personne n’arrête le progrès, pas même Marine Le Pen. De la même manière que la généralisation de l’email n’a pas pu empêcher à la Poste d’accuser une perte de revenus au profit des géants américains du Net, surtaxer le salaire d’un employé qui vient physiquement s’implanter sur le sol français ne freinera pas la globalisation du marché d’un travail devenu dématérialisé.

Internet est le support même de la mondialisation. Un pays ne choisit pas de vivre ou non dans la mondialisation de la même manière que l’on entrerait ou sortirait d’un traité. Il peut tout au mieux restreindre l’accès au Web pour sa propre population. La mondialisation n’est pas un club. C’est un fait générationnel qui paraît à nos aînés au mieux anecdotique, au pire dangereux. Mais ça, c’était avant que la « jeune » candidate frontiste ne plaide le travail « sans frontière » de ses assistants parlementaires.

C’est reparti comme en 40

Dans quelques décennies peut-être, lorsqu’on évoquera les années 2010 en cours d’Histoire, les morts en Méditerranée ou dans le froid, ceux qui à l’époque n’en avaient rien à faire se feront passer pour des résistants parce qu’ils se souviendront qu’un jour ils ont donné une pièce à un type dans la rue. D’autres vous diront que « c’était une époque différente » et que les générations qui leur succèdent ne peuvent pas comprendre pourquoi laisser quelqu’un mourir dans la rue ou dans la mer était quelque chose de justifiable en 2017. D’autres enfin, peut-être la majorité, prétendront avec aplomb qu’ils n’étaient au courant de rien. Ils accuseront les médias ou qui que ce soit de plus responsables à leurs yeux de ne rien leur avoir dit. En fait on verra les années 2010 comme on voit maintenant les années 40. Personne n’était responsable, personne n’était au courant, et tout le monde était résistant. Pourtant ça a dû foirer quelque part.

Mort de Leonard Cohen : pourquoi je m’en tape ?

A chaque fois qu’un grand artiste passe l’arme à gauche, c’est la même rengaine, les hommages se multiplient, on diffuse en boucle sur les chaînes d’infos comme sur les réseaux sociaux les plus grands tubes du défunt chanteur. Certains novices découvrent même son œuvre, son travail, voir son existence au moment de sa mort, regrettant par la même occasion de ne pas l’avoir connu de son vivant. Quelle plus belle illustration d’une société passéiste incapable de voir devant elle ?

Mais qu’il s’agisse d’Amy Winehouse, de Michael Jackson, de Prince ou de Leonard Cohen, j’ai beau me forcer, j’ai du mal à éprouver une quelconque tristesse, de quelconques regrets de voir partir un octogénaire vivant de l’autre coté de l’Atlantique, une alcoolique dépressive ou un pédophile transformiste accroc aux médicaments avec qui je n’ai jamais échangé la moindre conversation, la moindre mondanité, pas même un regard.

Que j’envie ces millions de personnes capables de rendre hommage à des personnalités qu’elles n’ont jamais rencontrées, les mêmes certainement qui râlent lorsqu’un homme au bout du rouleau se jette sous leur métro, retardant de trente minutes leur journée de travail au vingt-cinquième étage d’une tour sordide, les mêmes qui aimeraient bien renvoyer à Alep les dix réfugiés qui campent sur leur trottoir, les mêmes qui montent le son de leur télévision lorsque leur voisine se fait tabasser à mort par son mari. A ceux là, j’ai envie de dire « éteignez vos écrans ! ». Un artiste s’est éteint, mais n’est-ce pas là le destin de chaque homme et chaque femme dont vous croisez le regard tous les matins ?